Comment soutenir les aidants dans leur rôle essentiel ?
En France, 8 à 11 millions de personnes accompagnent régulièrement un parent, un enfant, un conjoint ou un proche. Ces aidants, souvent invisibles, apportent un soutien essentiel au quotidien. Un rôle qui peut peser sur leur santé, leur vie personnelle et leur parcours professionnel, si bien que l’aidance est devenue une préoccupation croissante des pouvoirs publics. En septembre 2025, une deuxième campagne nationale de sensibilisation a été déployée, marquant une volonté affirmée de mieux reconnaître et accompagner les aidants, acteurs clés du maintien à domicile.
Dans ce contexte, l’heure est à la construction de solutions concrètes. Comment les établissements peuvent-ils innover pour accompagner les aidants dans les meilleures conditions ? Et comment passer d’une reconnaissance symbolique à une véritable prise en charge thérapeutique ? Nous avons décrypté le sujet avec Jean-Philippe Coulom, directeur du SMR Concha Berri, un établissement qui travaille depuis plus de 14 ans sur le sujet des aidants.
Le rôle d’aidant et ses enjeux
Qu’est-ce qu’un aidant ?
Qu’il accompagne un proche, un conjoint, un parent ou un enfant, l’aidant intervient face à une pathologie chronique, au handicap ou à la perte d’autonomie, au domicile ou dans la vie de tous les jours. Si le statut est reconnu par la Haute Autorité de Santé (HAS) depuis 2022, la réalité du terrain reste complexe.
Dans un contexte de vieillissement de la population, le rôle d’aidant est nécessaire pour favoriser le maintien à domicile. Cependant, cette mission indispensable soulève aussi des enjeux de santé majeurs pour l’aidant lui-même.
Les principales difficultés rencontrées par les aidants
Le passage du rôle de proche à celui d’aidant permanent s’accompagne de cinq principales problématiques.
- L’épuisement, physique et mental : le don de soi, parfois sans limite, occulte les propres besoins de l’aidant.
- L’incompréhension face à la pathologie : face à certaines pathologies ou handicaps complexes et méconnus de la médecine, les aidants manquent d’information et font face à une grande incompréhension.
- L’absence de soins personnels : focalisé sur l’autre, épuisé et dans l’incompréhension, l’aidant peut en oublier sa propre santé, entrer dans une spirale de fragilisation et avoir besoin d’un suivi.
- La précarité financière.
- Le glissement d’un accompagnant aidant à un accompagnant soignant jour et nuit.
Dans certains cas, les aidants doivent être considérés comme des patients à part entière. Ce sont des personnes qui peuvent avoir besoin d’une prise en charge hospitalière pour être accompagnées pour leur propre personne, et non plus seulement comme l’extension du patient.
Jean-Philippe Coulom, directeur du SMR Concha Berri
L’importance de trouver des réponses adaptées
Face à l’épuisement, les aidants peuvent être soutenus par une prise en charge totale ou partielle de la personne aidée, ou des aides à domicile. Lorsqu’ils manquent de réponses face à la maladie ou au handicap, il est important qu’ils puissent se tourner vers des équipes spécialisées et des organismes spécifiques.
Des démarches (comme le Café des aidants) mises en place par des associations, les communes, les régions ou les établissements offrent également du soutien et de l’accompagnement.
L’innovation au service des aidants, au cœur du SMR Concha Berri
Située à Hendaye, la clinique de Soins Médicaux et de Réadaptation (SMR) Concha Berri est spécialisée en polyvalent, gériatrie, addictologie et soins palliatifs. Depuis 2013, l’établissement Itinova ne se contente plus de soigner les patients : il met en place des initiatives de prise en charge des aidants pour les accompagner et favoriser le retour au maintien à domicile, mais aussi les soigner.

Le programme « Antr’aidant »
Après avoir suivi pendant deux ans une aidante devenue « acteur A2MCL porteuse d’une mission d’information, de formation, d’alerte » suite au décès de la personne accompagnée, l’établissement a poursuivi ses travaux de Recherche et Développement pour pouvoir encadrer ce type de prise en charge, collective et individualisée. L’objectif est de proposer une « prise en soins » des aidants pour essayer de répondre à un problème de santé publique.
L’établissement a ainsi créé le programme Antr’aidant afin de répondre aux problématiques psychologiques, physiques et sociales liées à la charge de l’aide. Basé sur une prescription médicale, ce programme permet de réunir des aidants une demi-journée par semaine. Il mobilise les différentes ressources de l’établissement (médecin, cadre infirmier, psychologue, kinésithérapeute, ergothérapeute, assistante sociale, sophrologue, aide-soignante), en lien avec le tissu associatif et culturel local.
En 2025, la clinique a accueilli l’exposition « Horizons de vie, instants suspendus, l’échappatoire d’une aidante à bout de souffle ». À travers les œuvres d’une ancienne soignante et aidante mais aussi membre des représentants des usagers, l’établissement a ouvert un espace de dialogue essentiel. Cette exposition a permis de sensibiliser les professionnels du territoire lors d’une soirée dédiée aux problématiques de l’aidant et aux maladies neuro-dégénératives, à la reconnaissance précoce de l’aidant, à aider avant les aggravations et la survenue de nouvelles pathologies.
À l’heure où les pouvoirs publics renforcent leur mobilisation, le défi de l’aidance ne peut être relevé de manière isolée. Il demande du temps, de la recherche et une coordination étroite entre les acteurs sanitaires, sociaux et associatifs. L’exemple du SMR Concha Berri prouve qu’en changeant de regard, il devient possible d’apporter de nouvelles réponses durables. Une chose est sûre : pour bien aider, il faut aussi être aidé psychologiquement, socialement, médicalement et financièrement.
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