Actualités Handicap enfant Handicap adulte Publication le 07.07.2026

La communication alternative et améliorée (CAA) : un levier d’inclusion et de citoyenneté

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En France, près de 2 millions de personnes font face à des troubles de la communication. Alors que le déploiement de la communication alternative et améliorée (CAA) est resté longtemps limité par rapport à d’autres pays européens, une étape clé a été franchie en août 2025 : la formation à la CAA est devenue une obligation légale pour les établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESMS). Plus qu’une contrainte, cette mutation est un levier de citoyenneté : nous avons décrypté le sujet avec Ariane Ehrlich, orthophoniste et formatrice en CAA, et Claire de Brugiere, orthophoniste, qui participent activement au déploiement de la CAA dans les établissements Itinova.

La communication alternative et améliorée, qu’est-ce que c’est ?

La communication alternative et améliorée (CAA) regroupe l’ensemble des outils et des comportements permettant de développer le langage lorsqu’il est entravé – que ce soit en complétant le langage verbal ou en le remplaçant pour tout ou partie.

Pour cela, des moyens de communication variés sont utilisés pour soutenir le canal verbal : les signes (avec les mains), les pictogrammes sur papier ou tablettes, les affiches… L’objectif est de faciliter la compréhension sur laquelle s’appuiera le développement de l’expression.

Alors que communiquer peut être complexe pour certaines personnes malades ou en situation de handicap, la CAA permet de recevoir des messages et d’en transmettre pour créer du lien et vivre en société.

Avant, on pensait que certaines personnes n’avaient rien à dire, ou pas la capacité de communiquer. On associait encore trop souvent l’absence de parole à une déficience intellectuelle – alors que c’est souvent l’inverse : sans moyens de communication adaptés, on ne peut pas développer pleinement ses capacités.

Ariane Ehrlich, Orthophoniste et formatrice en CAA

Développer la CAA et pratiquer la présomption de compétence : un enjeu de société

L’un des enjeux majeurs est de faire face aux représentations qui persistent : « s’il se met à utiliser des signes ou des pictogrammes, un enfant risque de ne jamais parler ? »


IME Seguin, Lyon

Au contraire, en faisant intervenir différents canaux dans l’apprentissage, les structures de langage peuvent se mettre en mouvement et se développer plus rapidement. Lorsqu’un enfant n’aura plus besoin d’un outil (le geste, par exemple) pour communiquer, il pourra s’en séparer. Les besoins et la progression varient d’une personne à l’autre.

La diversité des outils utilisés permet à un enfant d’exister sous toutes ses facettes et d’être compris dans différentes situations du quotidien : à l’école, à l’IME, lors d’un soin, dans un commerce…

Un outil de communication doit permettre plusieurs fonctions du langage : raconter une histoire réelle ou inventée, une blague, faire une demande, exprimer un désaccord… Parler, ce n’est pas que faire des demandes. C’est être en lien.

Claire de Brugiere, Orthophoniste

Le déploiement de la CAA chez Itinova

Si la prise en compte des besoins et des capacités de chacun est indispensable, la CAA doit aussi être collective. C’est l’une des caractéristiques du langage : utiliser des outils communs à un groupe social pour pouvoir échanger avec les autres et, en même temps, exprimer une parole propre.

Créer un « bain de langage » : l’implication de l’entourage

Apprendre la communication alternative et améliorée revient à apprendre une langue étrangère et nécessite un bain de langage : pour que l’usager puisse s’approprier de nouveaux outils, son entourage (éducateurs, familles, pairs…) doit lui-même apprendre à les utiliser.

Le choix des outils se fait donc en fonction des dispositions de l’enfant, mais aussi du cadre familial. Un important travail de sensibilisation et de formation doit être effectué auprès de toutes les personnes impliquées dans le quotidien de l’enfant.

La difficulté à apprendre à communiquer avec un moyen alternatif ne doit pas être sous-estimée : l’apprentissage peut être long et nécessite un engagement dans la durée de tous les acteurs. 

Ariane Ehrlich, Orthophoniste et formatrice en CAA

Les outils de la CAA dans les instituts médico-éducatifs (IME) et SESSAD Itinova

Depuis plusieurs années, l’IME Seguin, l’IME Bourjade, le SESSAD Horizon et le SESSAD Prélude ont renforcé le déploiement de la CAA en multipliant les formations, les actions de sensibilisation, les approches et les outils. Parmi les solutions mises en place se trouvent :

  • des tablettes avec des logiciels de communication ;
  • des tableaux de langage assisté (TLA) ;
  • des classeurs de communication ;
  • des sets de table repas, en papier et tapis silicone ;
  • des portes-clés avec des mots de base ;
  • une licence Komunikatu (un outil spécialisé) pour favoriser la création de supports pédagogiques avec pictogrammes.

Si les avancées et les choix effectués en matière de CAA varient selon les structures, une chose est sûre : les avancées sont énormes. Les établissements s’équipent, développent les formations et les actions de sensibilisation sur le sujet auprès de tous les acteurs concernés. La volonté est désormais d’aller vers des outils plus fonctionnels et plus robustes, avec un objectif qui reste intact : permettre à chacun de communiquer et de tisser des liens en société.