Événement «On n’est rien sans liens» : ce qu’il faut en retenir
Le 24 juin 2026, l’Espace de l’Ouest Lyonnais a vibré au rythme des échanges et des rencontres à l’occasion de notre événement « On n’est rien sans liens ». Pendant une demi-journée, des professionnels du secteur médical, médico-social et sanitaire se sont réunis autour d’une thématique indissociable de nos métiers : le lien social. Avec une conférence du sociologue Serge Paugam, une table ronde et de nombreux partages d’expérience, l’événement a tenu toutes ses promesses. Retour sur les temps forts et les enseignements d’un après-midi aussi riche qu’inspirant !
« On n’est rien sans liens » : les liens sociaux à l’honneur
Quelles sont les caractéristiques des liens qui nous unissent ? Comment les préserver, les renforcer ou les réparer lorsqu’ils se fragilisent ? Conçu comme une invitation à prendre du recul pour réfléchir ensemble aux liens qui nous font vivre, l’événement a croisé théorie et réalités terrain avec un programme dense.
Après une introduction par Jacques Dupoyet, président d’Itinova, l’après-midi s’est ouverte par la conférence de Serge Paugam (sociologue, directeur de recherche au CNRS et directeur d’études à l’EHESS, professeur associé à l’Université de Sao Paulo). À travers son intervention intitulée « Tisser des liens qui libèrent », le sociologue à l’origine du concept d’attachement social a partagé ses clés de compréhension sur les liens et les processus qui nous permettent de nous épanouir en société.
Pour prolonger cette réflexion, une table ronde animée par Agnès Bureau a permis de croiser les regards et les expertises de quatre invités d’exception :
- Nathalie Gatellier, co-fondatrice de La Fabrique du Nous (Marseille) ;
- Laetitia Jousse, directrice de l’association Simon de Cyrène Lyon Métropole ;
- Jean-Yves Authier, sociologue, professeur à l’Université Lyon 2 et chercheur au Centre Max Weber ;
- Olivier Claris, professeur émérite de pédiatrie, membre de l’Académie nationale de médecine, président de l’association Le Petit Monde et membre du conseil d’administration d’Itinova.
Après ces deux heures d’échanges et de partages, les participants ont pu se rencontrer et prolonger les discussions lors d’un cocktail convivial.
Révivre l'événement en vidéo
La conférence
La table ronde
Tisser des liens qui libèrent : 4 enseignements à retenir de l’événement
Comment renforcer le tissu social dans nos pratiques professionnelles ? De la théorie sociologique aux réalités terrain, voici quatre axes majeurs qui ont guidé les échanges.
L’attachement social : une maille à quatre fils
D’après Serge Paugam, nous pouvons distinguer quatre types de liens qui nous permettent d’exister en société : le lien de filiation (la famille), le lien de participation élective (les amis, les associations, les clubs), le lien de participation organique (le travail, les interdépendances professionnelles) et le lien de citoyenneté (l’appartenance à la communauté et le partage de valeurs communes).
L’attachement social est l’entrecroisement de ces quatre liens, qui permet aux personnes de s’épanouir et de se réaliser pleinement. Pour que ces liens soient réellement « libérateurs » – alors qu’ils peuvent aussi devenir oppressants –, ils doivent répondre à deux besoins :
- la protection : le sentiment de pouvoir « compter sur » d’autres personnes ;
- la reconnaissance : le sentiment de « compter pour » d’autres, de voir sa valeur et son existence confirmées par le regard d’autrui.
Quand les liens vous offrent cette double perspective de la protection et de la reconnaissance, on peut dire que la vie sociale est légère. On n’a plus envie de s’isoler, on a envie d’être présent, parce que l’on trouve par ces liens de quoi exister. Ce sont ces liens qui nous font vivre au plus profond de nous-mêmes.
Serge Paugam
De la « juste distance » à la « juste proximité » : redonner du sens à l’accompagnement
Les complexités de l’administration et la multiplication des dispositifs peuvent donner l’impression que les personnes en situation de fragilité sont enfermées dans des cases, ce qui peut peser sur le sens du travail social.
La conférence et la table ronde ont ainsi rappelé que l’accompagnement ne se résume pas à trouver une structure ou une place : tisser des liens commence par l’écoute, le regard et le respect, ce qui passe aussi par des gestes humains simples (saluer, regarder dans les yeux, nommer…) qui apportent déjà de la reconnaissance.
La prise en compte des besoins, des envies et du parcours de chaque personne est donc indispensable pour l’accompagner dans de bonnes conditions et lui permettre de tisser les liens épanouissants. Alors que l’on parle régulièrement de « juste distance », Serge Paugam a rappelé qu’il trouvait pertinent de rechercher la « juste proximité ».
Il y a trois choses basiques, mais essentielles, à faire quand on s’adresse à une personne en situation de grande fragilité : commencer par la regarder dans les yeux, lui dire bonjour tout simplement, et lui serrer la main. L’accompagnement social, c’est faire sentir à la personne que l’on est là, en dépit des difficultés et des trajectoires, et qu’on accorde de l’importance à ce qu’elle représente.
Serge Paugam
Le pouvoir des lieux et de l’ancrage territorial
Le lien ne peut être pensé sans le lieu : les relations humaines s’ancrent dans des géographies concrètes. Comme l’a rappelé le chercheur Jean-Yves Authier, évoquant ses travaux portant sur les relations de voisinage, l’espace public et le territoire sur lequel on vit peuvent devenir des remparts contre l’isolement et le repli sur soi.
Les différentes initiatives évoquées par les intervenants de la table ronde ont également démontré l’importance de créer des espaces adaptés aux liens :
- l’association Simon de Cyrène anime des habitats partagés où cohabitent personnes valides et personnes en situation de handicap ;
- Le Petit Monde construit des maisons d’accueil pour les familles d’enfants hospitalisés, facilitant la rencontre entre des familles qui partagent les mêmes épreuves ;
- La Fabrique du Nous crée des rencontres entre des personnes d’horizons variés (des résidents d’EHPAD et des détenus, par exemple).
Provoquer l’altérité et cultiver la joie
Alors que des barrières invisibles et des préjugés persistent quand il s’agit de créer des liens, les intervenants s’accordent sur un constat : l’un des enjeux est de renverser les idées reçues, de favoriser les rencontres et les expériences partagées.
Qu’il s’agisse des démarches mises en place par La Fabrique du Nous – comme ces jeunes des quartiers Nord de Marseille qui apprennent à nager chez des particuliers disposant de piscines – ou de la vie quotidienne chez Simon de Cyrène, mélanger les statuts et faire tomber les masques offre à chacun l’opportunité de grandir.
Enfin, les débats ont mis en lumière deux sujets essentiels quand on parle de liens : le plaisir et la joie. Comme l’a rappelé le sociologue Serge Paugam, la vie sociale devient plus légère et épanouissante lorsqu’on y introduit des moments de fête. Qu’il prenne la forme d’une table d’hôte, d’un événement partagé ou d’une simple partie de cartes, ce culte de la convivialité n’est pas un détail accessoire : c’est un vecteur d’inclusion, un espace de réciprocité qui redonne toute sa place à la fraternité au quotidien.
Finalement, l’événement a rappelé que le lien social n’est pas un acquis, mais une œuvre collective qui se bâtit, se répare et se cultive au quotidien. Chez Itinova, nous sommes convaincus que c’est en croisant ainsi les regards, la recherche et les expertises que nous relèverons les défis de l’accompagnement de demain. Vous n’avez pas pu vous joindre à nous, ou vous souhaitez simplement partager ces réflexions avec vos équipes ? Découvrez dès maintenant l’intégralité des échanges en vidéo !
Pour aller plus loin...
L’attachement social : Formes et fondements de la solidarité humaine –Serge Paugam, Éditions du Seuil, 2008
Ce que voisiner veut dire – Jean-Yves Authier, Éditions Aux lieux d’être, 2008